Une tradition vieille de six mille ans

Publié le par Nataraja

Par Laurence Vidal

 

Le tantrisme, selon lequel schématiquement la conscience masculine passive n'a de pouvoir que grâce à l’énergie féminine active, est l’un des rares courants mystiques à avoir traversé les millénaires sans perdre l’intensité et la richesse de ses enseignements.

Transmis jusqu’à nos jours par plusieurs lignées ininterrompues de maîtres et de disciples, il est resté éminemment vivant.


Les universitaires indianistes et les chercheurs spécialisés dans le tantrisme ne s’accordent pas sur ses origines. Pour certains, comme Alain Daniélou, Wendy Doniger O’Flaherty, Ajit Mookerjee ou Madhu Khanna, le tantrisme shivaïte se rattache à la civilisation de la vallée de l’Indus qui atteignit son apogée vers 2600 avant notre ère.

« On rencontre des symboles de rituel tantrique dans la culture d’Harappa (civilisation de la vallée de l’Indus, troisième millénaire avant notre ère) sous la forme de représentations de posture de yoga, et d’objets variés liés au culte de la Mère et de la fertilité » (La Voie du Tantra, Ajit Mookerjee et Madhu Khanna, Seuil).


Cette civilisation sophistiquée, dont l’écriture n’a pas encore été déchiffrée, disparut à la suite de variations du cours de l’Indus ou de changements climatiques, vers 1900 avant notre ère. La thèse de la destruction des cités dravidiennes par les Aryens est aujourd’hui remise en question, car leur venue semblerait plus tardive.



Une civilisation sophistiquée


On sait que les Dravidiens, grands navigateurs ont essaimé jusqu’au bassin méditerranéen. Les fouilles ont produit l’évidence de commerce avec la Mésopotamie. Des tablettes cunéiformes mésopotamiennes décrivent des transactions avec les marchands dravidiens qui exportaient des métaux précieux, des perles, de l’ivoire, du cuivre travaillé, de la céramique et de la verrerie. Ces navigateurs remontaient jusqu’aux ports d’Arabie par la mer Rouge.


La récente exposition « Merveilles de la culture de la vallée de l’Indus », à New York, en février 1998, a permis au New York Times de faire le point sur les connaissances actuelles liées à cette civilisation.

Le Dr Possehl, du département d’Archéologie et d’Anthropologie de l’université de Philadelphie, exprimait l’embarras des chercheurs en déclarant : « L’expression archéologique de la civilisation de l’Indus ne ressemble en rien à ce qui nous est familier - pas de palais, pas de monuments, pas de temples. Nous avons là l’expression d’une antique complexité socio-culturelle, sans la présence ostentatoire d’une idéologie ou l’évidence d’un souverain, roi ou reine. Il n’y a pas de vrai modèle dans l’histoire ou l’ethnographie qui suggère qu’il y ait jamais eu une civilisation de ce type » (New York Times du 20 février 1998).


Les ruines des cités démontrent un réel urbanisme ; des rues droites, un système sophistiqué d’évacuation des eaux, des puits, l’usage de briques calibrées, et les divers objets retrouvés attestent d’un grand raffinement dans le travail des métaux précieux, de la poterie, de la céramique décorée et de la verrerie.

« Une culture urbaine d’une immense sophistication sur un territoire deux fois plus grand que celui sur lequel régnait Sumer ou l’Égypte contemporaine », écrivait Holland Cotter.


Bien des figures tantriques semblent avoir une origine himalayenne non - indienne, notamment centre-asiatique et mongole. Mais on a également trouvé à Mohenjo Daro et à Harappa des terres cuites figurant des ascètes en posture de méditation, un sceau représentant un yogi ithyphallique en posture yogique, couronné d’une coiffe ornée de cornes de buffle et entouré d’animaux emblématiques, qui est considéré par beaucoup comme un prototype de Shiva.


Pour Wendy Doniger O’Flaherty, de l’université de Chicago : « Il y a une évidence d’une pratique yogique dans la vallée de l’Indus aussi bien que celle de l’adoration du Phallus mentionnée dans le Rig-Veda comme caractéristique des ennemis des Aryens3. » Pour d’autres, tels Stella Kramrisch, conservateur du musée de Philadelphie, professeur à l’Institut d’art indien de l’université de New York et auteur de The Presence of Shiva, le tantrisme shivaïte serait post-védique et aurait vu le jour au cours des premiers siècles de notre ère. L’universitaire reconnaît la trace de pratiques yogiques dans la culture de la vallée de l’Indus, mais ne va pas jusqu’à penser que le fameux sceau 420 serait une figuration de Shiva. Elle pense également que les racines du védisme sont bien antérieures au premier millénaire avant notre ère (Si elle avait raison, cela rendrait alors possible le passage des Aryens dans la vallée de l’Indus vers 1900 avant notre ère, et la thèse aujourd’hui abandonnée de leur participation à la chute de la civilisation de l’Indus serait alors à réexaminer).

 

Pour les maîtres tantriques cachemiriens tels Swâmi Laksman Jî, haute autorité contemporaine - décédé en 1991 - à laquelle les plus éminents spécialistes du tantrisme se sont abreuvés (Parmi lesquels Lilian Silburn et Mark S.G. Dyczkowski) : « Le système Pratyabhijnâ était largement répandu au début du kali-yuga » (3 200 ans avant notre ère) et : « Le système Krama fut introduit au début du kali-yuga par le sage Durvâsâ » (Shivaïsme du Cachemire. Le Secret suprême, Les Deux Océans).


Swâmi Laksman Jî était à la fois considéré comme un grand érudit et comme un mystique, dépositaire de la tradition orale que les Occidentaux négligent souvent.

 

Enfin, Shiva n’apparaît pas dans les Veda, composés environ 1 200 à 1 000 ans avant notre ère et transmis oralement jusqu’à leur rédaction plus tardive.

Il est donc possible, si l’on suit Swâmi Laksman Jî, Alain Daniélou, Ajit Mookerjee et Madhu Khanna, de penser que le shivaïsme est antérieur au védisme et vieux d’au moins six mille ans.

 


Publié dans NATHA-YOGA ​

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ÂNANDA 22/12/2009 22:08


Merveilleuse civilisation pré-aryenne que sont les Dravidiens et qui selon le docteur Boulnois, dans son livre "Le caducée et la symbolique dravidienne
indo-méditerranéenne, de l'arbre, de la pierre, du serpent et de la déesse-mère" pourrait être un centre de culture qui est essaimé sur tout l'univers...
J'aimerais trouvé ce livre, mais je ne suis pas sur qu'il soit encore édité ? 
Bonne nuit Nataraja
PS : ça à l'air très intéressant la méthose de soin par les sons de bols et de gongs...


Nataraja 23/12/2009 22:40


Ânanda,
ce livre est en vente sur le web ...
quant aux massages sonores par les instruments tibétains, c'est que du bonheur !
bonne nuit à toi aussi