Médecine Indienne : Ayurveda

Publié le par Nataraja




AYURVEDA est le nom sanskrit composé de deux termes :
VEDA, « science » ou « connaissance », et AYUR, désignant la vie.

L’Ayurveda est la connaissance de la vie.

 




L’Ayurveda est issue des VEDAS, textes à l’origine de la pensée et des religions indiennes.
Elle s’est développée avec le Yoga pour former avec lui la branche pratique des VEDAS.
En raison de son ancienneté, et de ses ramifications nombreuses, elle a été appelée, « mère de tous les systèmes de guérison ».
Elle est le système original dont les systèmes de guérison modernes sont de proches ou lointains héritages, ce suivant les pays et les traditions qui ont perduré à travers les âges.


L’Ayurveda comprend huit branches :

1. KAYA CHIKITSA : la médecine interne
2. SHALAKYA TANTRA : les maladies de la tête et du cou
3. SHALYA : la chirurgie
4. AGADATANTRA : les empoisonnements
5. KAUMARA BHRITYA : la pédiatrie
6. RASAYANA : le rajeunissement
7. VAJIKARANA : les aphrodisiaques
8. BHUTAVIDYA : la psychologie

L’Ayurveda envisage la guérison à travers une prise en compte globale de la personne.
Elle repose sur l’intégration des différents plans : physique, mental, émotionnel, le spirituel, et ne considère jamais le corps comme séparé de l’esprit.
L’Ayurveda prend en compte les aspects grossiers comme les aspects subtils dans la guérison.


Selon l’un des principaux textes, la CHARAKA SAMHITA :

L’Ayurveda est la science qui désigne les conditions de vie appropriées, non appropriées, joyeuses ou tristes, ce qui est propice ou défavorable à la longévité ainsi que les critères de la vie même.
CHARAKA SAMHITA I, 41



Qu’est-ce que cela signifie ? Comment en est-on arrivé à cette définition de ce que signifie connaître la vie ?


LES ORIGINES DE L’AYURVEDA

Il s’agit vraisemblablement du système de guérison le plus ancien du monde, possédant des racines qui remontent à plus de 5000 ans av JC. Apparue dans l’un des berceaux de l’humanité, sur les rives du Gange, l’Ayurveda est depuis des millénaires, la médecine traditionnelle de l’Inde. Il est dit que l’Ayurveda a été transmise par les RISHIS, sages vivant dans l’Himalaya. Ces sages étaient à l’origine sept et formaient la constellation de la Grande Ourse. Un de ces sept sages, Bharadvaja, aurait transmis cette science des royaumes des Dieux.

 



LES TROIS FORCES COSMIQUES

Il existe trois forces cosmiques fondamentales :
- celle du vent, PRANA : énergie d’impulsion
- celle du soleil, AGNI : énergie de transformation
- celle de la lune, SOMA : énergie de cohésion
L’équilibre et le contrôle des trois grandes forces cosmiques procurent la santé. Ils sont à la base de tout processus de vie.



LES DOSHAS

Nous retrouvons ces forces dans le corps sous la forme des trois humeurs biologiques, les DOSHAS : VATA, PITTA, KAPHA, correspondant aux éléments air, feu et eau.


VATA

VATA signifie : ce qui fait bouger les choses. Il est responsable dans le corps de tout ce qui concerne le mouvement : il gouverne l’équilibre, les sens, la compréhension, l’adaptabilité.


PITTA

PITTA signifie : ce qui digère les choses. Il est responsable de tout processus de transformation (digestion) chimique dans le corps. Il gouverne également notre digestion mentale : notre perception.


KAPHA

Il signifie « ce qui relie les choses entre elles ». KAPHA est la substance du corps (SOMA).

Il est dit que:
Vata Pitta et Kapha, ce groupe de trois doshas dans leur état naturel ou dans leur état de déséquilibre, donnent vie au corps et le détruisent également.
Chaque DOSHA a des qualités qui lui sont propres : il augmente par des attributs similaires et est diminué par ceux qui lui sont opposés. De la même manière que le soleil adoucit de ses rayons une froide journée d’hiver, que la pluie fait reverdir la végétation après des journées de sécheresse. Qu’un bon bain chaud apporte au corps la détente.

 

 



LES CINQ ELEMENTS

Chaque DOSHA est un composé des cinq éléments. Les humeurs, et l’ensemble des constituants du corps n’ont pu se manifester qu’à travers la matière. Chaque être ou existence est régie par les mêmes principes que ceux qui régissent l’univers. Ces phénomènes sont corrélés les uns aux autres à travers « les cinq éléments » (ou les cinq principaux états de la matière). Ce sont :
- LA TERRE : l’état solide de la matière, dont les attributs sont la solidité, stabilité, fixité, rigidité, voire la rugosité.
- L’EAU : l’état liquide de la matière, dont les attributs sont ceux de la fluidité.
- LE FEU : le pouvoir de conversion de la matière solide en liquide, ses attributs sont ceux de la transformation.
- L’AIR : l’état gazeux, dont les attributs sont la mobilité, le dynamisme.
- L’ETHER ou ESPACE (Tibet) : le champ dans lequel les choses sont manifestées et auquel elles retournent. L’éther est l’élément qui permet aux choses de se produire, de se manifester.


Grâce aux attributs de la matière, nous serons en mesure de comprendre ce qui équilibre ou déséquilibre les DOSHAS :
- VATA étant principalement composé d’air et d’éther
- PITTA de feu ( secondairement d’eau)
- KAPHA, d’eau et de terre.

 



HISTOIRE ET EVOLUTION

Les textes védiques nous décrivent un âge d’or où les êtres puisaient directement leur force, leur santé, dans celles de la nature. La maladie n’existait donc pas ou peu. A cette époque, on ne distingue pas l’Ayurveda de la guérison sur le plan psychique ou spirituel. Cette situation changea, lorsque les populations vivant au pied de l’Himalaya commencèrent à souffrir de différentes maladies dues à une mauvaise alimentation, et à l’altération de la qualité de l’air et de l’eau. On décida de réunir scientifiques et médecins provenant de différents pays afin de s’enquérir auprès des divinités de cette connaissance de la vie. Alors commence le développement de l’Ayurveda.

Les trois grands sages désignés étaient ATREYA, KASHYAPA ET DHAVANTARI. Chacun développa sa propre partie :
- Atreya se concentra principalement sur la médecine interne
- Kashyapa appris la gynécologie, la pédiatrie
- Danvantari la chirurgie


Au second millénaire avant JC, un peuple nomade, les ARYENS, peuplent le Nord de l’Inde, et les plaines du Gange.
Par les affinités linguistiques, on sait qu’ils appartenaient à un vaste groupe de peuples comprenant les Perses, les Grecs, les Latins, les Germaniques, les Celtes.

Leur civilisation nous est connue en raison de l’abondante littérature sanskrite, et notamment par leurs livres sacrés, les VEDAS.
LES VEDAS furent composés entre 1500 et 600 av JC après s’être transmis de génération en génération.

L’Ayurveda elle est l’aspect médical de cette science védique. La pensée védique conçoit un ordre normal de la nature manifesté par la régularité du cours des astres et la succession des saisons. Cette philosophie primitive va se modifier au cours des siècles, et donner naissance aux différents courants philosophiques qui existent aujourd’hui en Inde .L’une de ses formes est le Brahmanisme, directement issus de la méditation des RISHIS, sages vivants dans l’Himalaya.


Au premier millénaire avant Jésus-Christ, tandis que la civilisation Indo gangétique se développe et étend son influence, l’Ayurveda se spécialise avec des textes comme la CHAKARA SAMHITA et le SUSHUTA SAMHITA.. Puis, l’Ayurveda s’incorpore aux cultures jaïniste et bouddhiste : Nagarjuna, considéré comme la figure la plus importante dans le Boudhisme Mahayana, nommé Bouddha de médecine, Sangye Mela, était médecin ayurvédique. Son approche est renouvelée par Vagbhatta, dans ASTHANGA HRIDAYA vers 500 av JC.

Vers 200 av JC, la science védique donne lieu à la rédaction de deux textes importants dans le développement philosophique de l’Ayurveda : le SANKHYA KARIKA. Le SANKHYA est une énumération décrivant les principes qui forment et régissent l’Univers.

Au cours des siècles suivants furent rédigés les principaux textes et fixés les huit branches de cette médecine. L’Ayurveda se développe en relation avec les différentes religions indiennes (Hindouisme, Bhramanisme, Shivaïsme….) Avec la diffusion du Bouddhisme, l’Ayurveda va toucher aux confins de l’Asie, de l’Afghanistan à la Chine antique : certains principes de l’acupuncture chinoise sont directement issus de l’Ayurveda. De même, la médecine tibétaine, partage avec l’Ayurveda la plupart des remèdes fabriqués à partir de plantes poussant dans l’Himalaya, connues depuis des millénaires pour leur puissant effet curatif.

Ce dont on se souvient moins, ce sont des relations qui existent entre la culture gréco-latine, notre médecine occidentale et l’Ayurveda. La médecine grecque antique, décrivant le corps et les tempéraments à travers les humeurs bileuse, flegmatique ou sanguine, puisa à cette même source. Elle atteignit sans doute la Méditerranée par la Perse et trouva des ramifications jusqu’en Afrique du Nord, en Egypte, notamment, où l’on utilisait déjà les parfums et les huiles, ancêtre de l’aromathérapie, pour la beauté comme la santé du corps et de l’esprit.

 



LA SANTE SELON L’AYURVEDA


Les textes ont donné de la santé la définition suivante
SAMA DOSHAHA, SAMA AGNI SAMA DHATU MALA KRYAHA PRASANA INDRYA ATMA SWASTA ITI ABIDIR

Ou : Le maintien de l’état optimal de l’ensemble des tissus du corps, de la digestion, des humeurs, des déchets, donne au corps la santé et la joie du corps et de l’esprit.

Le rôle de l’Ayurveda est de nous guider dans cette démarche. Comment ?


PRAKRITI

La science des humeurs s’appelle le TRIDOSHA. Les humeurs sont les forces principales et les substances subtiles à l’origine de toutes les fonctions physiologiques et psychologiques. Elles produisent le corps et sont également les facteurs causatifs de la maladie.


DUSH : corrompre

DOSHA : ce qui obscurcit, ce qui abîme, le crépuscule
A cette valeur négative est associée une valeur positive : lorsqu’elles sont équilibrées, les humeurs contribuent à soutenir les tissus et les fonctions organiques.


La santé repose sur la connaissance de notre constitution, PRAKRITI. PRAKRITI est déterminée par la présence des DOSHAS VATA, PITTA, KAPHA. Notre santé est liée à leur équilibre car il maintient la cohésion du corps.

Cet équilibre propre à chacun prend acte au moment de la conception. Il est immuable. Il peut cependant être altéré par un certain nombre de facteurs extérieurs. Afin de protéger le corps, les DOSHAS augmentent. Il y alors déséquilibre (VRIKRUTI) et l’on entre dans le processus de maladie.
En Ayurveda, on va rechercher la cause profonde de ce déséquilibre afin de pouvoir ramener la personne à son équilibre de base, PRAKRITI. Pour cette raison, il n’existe aucun traitement standard des maladies.



LES THERAPIES AYURVEDIQUES

Les voies de traitement en Ayurveda son non agressives, progressives, profondes. Elles comprennent la purification du corps, sa tonification, et la réjuvénation des tissus. Cette science particulière est appelée RASAYANA. Elle intervient comme étape finale de la thérapie dite de PANCHA KARMA, (Pancha Karma signifiant littéralement « cinq actes ». La durée et les traitements du PANCHA KARMA sont prescrits en fonction de la condition et de la constitution du patient.


On retrouve en Ayurveda l’ensemble des voies te traitement utilisées dans les médecines traditionnelles, parmi lesquelles :
- l’alimentation, ou l’utilisation correcte des aliments et des épices, par la connaissance de leurs propriétés, de l’action de leur saveur, la façon de les associer ou de les dissocier, en fonction des saisons, de l’âge, de notre constitution, de notre condition momentanée
- la phytothérapie : l’utilisation des herbes et des plantes sous différentes formes (poudres, décoction, tablettes…) grâce à une connaissance millénaire de leur puissance curative
- le massage
- l’aromathérapie, ou l’utilisation des huiles et des parfums
- le recours à l’ensemble des techniques du Yoga: postures, respiration, relaxation, méditation
- l’utilisation des couleurs
- l’utilisation des gemmes
- l’utilisation des sons, MANTRAS

 



L’AYURVEDA A TRAVERS LE MONDE

Aujourd’hui, riche de plusieurs millénaires de tradition et d’existence, l’Ayurveda est à une autre étape de son développement. Elle s’étend au monde occidental où elle traite de plus en plus de maladies modernes,. L’Ayurveda a à la fois assimilé et régénéré, au cours de son histoire, la quintessence des médecines traditionnelles, et modernes. Elle trouve aujourd’hui sa place dans les unités hospitalières en Inde, aux Etats-Unis, ce dans de plus en plus de pays du monde.

Elle est reconnue par l’OMS en tant que :
« médecine traditionnelle incluant différentes pratiques, approches, connaissances et croyances en matière de santé, utilisant des médicaments à base de plantes, d'animaux et/ou de minéraux, des thérapies spirituelles, des exercices et techniques manuelles, appliqués seuls ou en combinaison, dans le but de maintenir le bien-être ainsi que de traiter, diagnostiquer ou prévenir la maladie ».

Elle propose une alternative aux traitements lourds de l’allopathie, offre une perspective nouvelle aux patients atteints de maladies dites incurables, d’affections chroniques invalidantes, de dégénérescence, de déficience immunitaire. De même qu’en prévention des affections bénignes.

De part le monde, depuis un peu plus de vingt ans, des médecins ayurvédiques dispensent ce savoir. Ils sont de plus en plus nombreux à le faire et le nombre de pays demandeurs s’est accru : des Etats Unis à l’Amérique latine, Europe, Japon. En Inde, il existe depuis des générations des institutions où les médecins se forment à cette science dans le cadre de leurs études. Leur formation est validée par un diplôme : B.A.M.S.
Il n’existe pas encore d’équivalent en Occident. Cependant, aux Etats-Unis et en Europe, des écoles se forment. Certaines possèdent maintenant une homologation avec des universités indiennes ou américaines.

 



AYURVEDA EN FRANCE

En France, l’Ayurveda a été introduite avec la pratique du Yoga qui s’est popularisé au début des années quatre-vingt. L’Ayurveda est connue du grand public à travers le massage ayurvédique. Dans l’esprit de la plupart des gens, l’Ayurveda est avant tout lié au bien être, et ne rend pas compte du champ d’application de cette science. Il n’existe pas encore de reconnaissance officielle de l’Ayurveda en France. Il existe une école proposant une formation reconnue par l’OMS, ainsi que par des universités aux Etats-Unis et en Inde.


L’Ayurveda se développe aujourd’hui, en plein fleurissement des médecines dites alternatives. La recherche d’une réponse différente, naturelle aux maux du quotidien, s’accompagne d’une recherche accrue de bien être. Ceci est une première étape, qui n’est pas sans poser problème, car l’image véhiculée n’est pas toujours fidèle aux fondements mêmes de l’Ayurveda.

Nelly Anandi Saby



 

 


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