La Respiration - Docteur Lionel COUDRON

Publié le par Nataraja

La respiration, dans le yoga, est l’une des quatre parties indissociables et parfaitement structurées mises à notre disposition pour nous aider à nous transformer.

Ces quatre classes d’outils fondamentaux sont ; les exercices physiques, les exercices respiratoires, les exercices psychosensoriels et enfin les conseils.


Dans les yoga sutras de Patanjali, les quatre classes d’outils sont répertoriés en huit angas on parle de l’astanga de Patanjali qui signifie huit angas :
Les conseils recouvrent les deux premiers angas : yama ; les attitudes générales et nyama ; les engagements personnels.

La respiration recouvre la rééducation respiratoire et le pranayama proprement dit sur lequel nous allons revenir.

C’est donc le troisième angas.

Les exercices physiques recouvrent ; asanas le quatrième angas ainsi que bandhas et mudras.

Les exercices psychosensoriels recouvrent les quatre dernières étapes : le contrôle des sens ; pratyara, la concentration ; dharana, la méditation ; dhyana, la fusion complète ; samadhi.


Ces quatre parties (ou huit angas) d’un tout indissociable se recoupent sans arrêt. De fait, la respiration se trouve en permanence liée aux autres exercices proposés dans le yoga. C’est pour des raisons pédagogiques que l’on découpe artificiellement la pratique du yoga en différentes parties.

Mais, inversement, il n’est pas possible de parler de respiration sans s’occuper de l’attitude mentale, de la position physique et de la direction dans laquelle se porte nos pensées.


Qu’est-ce que le pranayama ?


Le pranayama est l’un des moyens du yoga pour permettre d’agir sur notre qualité d’être. L’art du pranayama consiste à agir sur les différentes composantes de la respiration : amplitude, rythme, régularité, localisation respiratoire, perception de la respiration, accompagnement mental pour modifier notre état.



Premier exercice : Exercice d’observation

 
Allongez vous sur le sol ou asseyez-vous confortablement et observez votre respiration dans toutes ses dimensions. Transformez-vous en explorateur du souffle.
Notez ce qui bouge avec l’inspiration et avec l’expiration.
Notez combien il y a de phases respiratoires.
Notez la proportion de chacune de ces phases.
Notez le rythme avec lequel vous respirez.
Notez la fréquence avec laquelle vous respirez.
Notez les différentes parties qui sont en contact avec l’air.
Notez s’il en existe une asymétrie dans la perception entre la narine droite et la narine gauche.
Notez s’il existe des obstacles à la respiration.
Notez si les battements du cœur sont influencés…


Pranayama signifie allongement du souffle ou étirement du souffle.

Longtemps, en occident, c’est à dire jusqu’au XVIIème siècle, le rôle de la respiration et plus encore du poumon était inconnu. Les savants pensaient que le poumon était un soufflet permettant le refroidissement de la chaleur produite par le cœur. La notion d’apport d’oxygène était inconnue. Il fallut attendre le XIXème siècle pour comprendre le besoin de l’organisme en oxygène pour produire de l’énergie et le rôle du poumon dans les échanges gazeux.

En orient, et tout particulièrement à travers la science du yoga, avait été intuitivement compris depuis bien longtemps que la respiration « apportait » un élément vital à l’organisme. L’oxygène n’étant pas connu, le terme de prana allait donc lui être consacré. Par extension, le prana devenait cet élément vital faisant vivre la nature entière.


De la naissance à la mort.

Le souffle est vital. Toutes les expressions le nommant sont éloquentes : le premier cri, le dernier souffle, retenir son souffle, expirer… montrent à quel point, la vie est liée à la respiration. S’il est possible de se priver de nourriture plusieurs jours, il est impossible d’arrêter sa respiration plus de quelques minutes dans des conditions normales.

De ce fait, la respiration est devenue synonyme de vie et représente la vie elle-même.
De plus, le rythme respiratoire est directement lié à nos émotions. Que l’on suspende sa respiration ou que l’on accélère le rythme à en haleter, la peur, la colère, la joie, la tristesse influencent notre rythme respiratoire en faisant le point fondamental de la corrélation avec la vie.

 

Emotions et souffle
Les yoguis avaient donc remarqués très tôt que la respiration était liée à la vie et que le rythme respiratoire était lié aux émotions. Il n’en fallait pas plus pour qu’ils élaborent tout un système d’éducation respiratoire et de contrôle du souffle.
La chronobiologie c’est à dire l’étude physiologique des rythme du corps, a bien établi l’interdépendance des fréquences respiratoires avec les émotions. Mais contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, il n’existe pas une infinité de rythme respiratoires. Il en existe tout au plus cinq ou six selon les individus corrélés à une émotion particulière.

Ces rythmes sont commandés dans les centres du tronc cérébral et influencés par les centres de l’hypothalamus qui gèrent les émotions.

Plus la fréquence respiratoire est grande, plus l’émotion est vive et extravertie. Plus la fréquence est basse, plus l’émotion est contenue ou orientée vers un état de paix.

Le géni du yoga est d’avoir remarqué que si les émotions influençaient notre fréquence respiratoire, l’inverse était également vraie.

Le secret du pranayama se résume ainsi :
En modifiant consciemment et volontairement notre respiration, nous pouvons modifier notre état émotionnel global.
La basse fréquence respiratoire est liée à l’état de paix et de calme. D’où l’utilisation du pranayama pour abaisser la fréquence respiratoire.

Le pranayama contrairement à une idée reçue, ne permet en aucune façon d’apporter plus d’oxygène à l’organisme. L’amplification de l’amplitude n’est d’aucun secours pour augmenter les échanges. Par contre, l’amplitude en augmentant s’accompagne d’un ralentissement de la fréquence qui donc agit sur notre état émotionnel. C’est cela qui est important.

Le pranayama n’apporte pas plus d’oxygène à l’organisme car celui-ci est déjà saturé en oxygène. L’accélération des fréquences comme dans bastrika (qui n’est pas un pranayama à proprement parlé) influence sur les échanges gazeux il est vrai, mais non pas en jouant sur l’oxygène, mais en accentuant le rejet de gaz carbonique. C’est d’ailleurs cela qui est responsable des manifestations émotionnelles dans le rebirth ou dans l’apparition de crises de spasmophilies ou de la sensation d’obnubilation comme dans kapalabathi.

Cela explique aussi pourquoi dans kapalabathi, après la phase d’hyperventilation doit suivre une phase de suspension du souffle pour reconstituer le taux de gaz carbonique et éviter les phénomènes d’hyperexcitabilité neuronales.


Deuxième exercice : pratique de l’allongement du souffle


Allongé sur le dos de façon confortable, commencez par observer votre respiration.
Puis portez les bras en arrière sur l’inspiration, suspendez quelques instants votre souffle et expirez lentement en ramenant les bras en avant.
Suspendez quelques instants votre respiration et recommencez l’exercices plusieurs fois.
Lorsque vous êtes bien « entré » dans cet exercice, passez à l’étape suivante.
Modifiez volontairement les phases respiratoires. Augmentez l’expiration de façon à ce qu’elle soit du double de l’inspiration. De plus progressivement retenez l’air quelques instants à plein. Faites cet exercices plusieurs fois. Notez bien que l’expiration est libre.
Puis passez à l’étape suivante.
Allongez chaque phase respiratoire tout en maintenant cette proportion jusqu’à ce que vous arriviez à une fréquence d’une respiration à une respiration et demie par minute.

Attention, cet exercice est à pratiquer avec prudence en cas d’asthme.


La première étape du pranayama
:
La fréquence normale de la respiration en conditions normales au repos est de quinze respirations par minute. On appelle « allonger sa respiration », le fait d’allonger la durée d’un cycle respiratoire. Ce phénomène conduit à abaisser sa fréquence respiratoire en passant progressivement de quinze respirations par minute à une respiration par minute voir moins.

Pour permettre cette réduction de fréquence, il est nécessaire au préalable de rendre à l’ensemble ostéoarticulaire qui gère la respiration sa souplesse, son élasticité, sa tonicité. C’est dans ces conditions que le poumon pourra se dilater à l’inspiration et se rétracter à l’expiration. Plus le volume d’air échangé sera important à chaque respiration, plus il sera possible de réduire le nombre de respiration par minute.

Pour cela, il faut donc débuter par une véritable « rééducation respiratoire ».

La cage thoracique est un ensemble osseux composée de la colonne vertébrale en arrière, des côtes sur les côtés. Les dix premières sont fixées en avant sur le sternum. Elles ont une léger jeu de redressement latéral permettant d’augmenter le volume thoracique. Les deux dernières sont libres. Le haut de ce cône respiratoire est limité par la clavicule qui s’articule sur le sternum et de chaque côté l’épaule.

Les muscles mobilisant cet ensemble osseux sont donc les muscles de la colonne vertébrale, les muscles intercostaux et les muscles de l’épaule.

Le diaphragme qui est le muscle respiratoire principal s’insère sur les côtes, il forme un dôme en remontant en arrière et redescend pour s’insérer sur le rachis lombaire. Entre ces deux points d’ancrage, lorsqu’il se contracte, il abaisse donc l’apex de son dôme en produisant un effet ventouse et attirant vers le bas le poumon avec lui.
Comme dans une seringue, lorsque le piston s’abaisse, le réservoir se remplit et dans ce cas d’air.

 


A noter :
Lorsque l’on bloque l’entrée de l’air comme avec jalandhara, l’air ne peut pas rentrer. Si l’on produit à ce moment là une ouverture des côtes, cela provoque une dépression intrathoracique qui va attirer le diaphragme vers le haut. Cet exercice s’appelle uddyana. Il permet un massage profond de tous les organes abdominaux par ce phénomène de dépression massage.


Mais, les différents muscles peuvent être raccourcis, comme les pectoraux qui contribuent à l’ouverture et au redressement de la cage thoracique. Les aponévroses, c’est à dire les gaines qui entourent les muscles et les tendons peuvent être également raccourcis. Il faut donc leur redonner leur longueur normale pour que le jeu normal de la respiration soit autorisé.

Souvent, on assiste à un processus associant :
- Une cyphose dorsale (la personne est voûtée en avant) entraînant un repli de la cage thoracique.
- Une hyperextension du rachis cervical avec une projection du rachis cervical en avant.
- Un enroulement des épaules en avant. Ces différents phénomènes réduisent considérablement les fonctions ventilatoires de la cage thoracique.
- Une rétraction de la partie se fixant sur la région lombaire et solidaire du diaphragme l’empêchant d’avoir un jeu libre et normal.

L’ensemble des asanas contribue à rétablir la fonction normale de cet ensemble respiratoire. Mais les ouvertures : cobra, arc, sauterelle, demi pont, sont encore plus indiquées.

Des exercices d’enchaînement comme le chien et le chat, le cobra rampant, le mouvement de liaison sont également particulièrement indiqués pour retrouver une liberté de respiration.



Qu’est-ce que la respiration :

La respiration est un phénomène général partagé par l’ensemble des règnes végétaux et animaux. Seuls le monde minéral de respire pas.

La respiration n’est pas qu’un échange gazeux, il existe d’autres formes d’échanges gazeux comme la photosynthèse chez les plantes. La respiration est un échange gazeux visant à permettre la production d’énergie par le phénomène biochimique appelé oxydoréduction.

Il nous faut donc distinguer trois étapes.

Le phénomène respiratoire proprement dit est intracellulaire. L’oxygène rentre dans la cellule, se combine avec les carbones (ingérés chez les animaux dans la nourriture) pour donner de l’énergie et produit en se recombinant de l’eau et du dioxyde de carbone. L’équation bien connue s’écrit : O² + COH => CO² +H²O avec dégagement d’énergie stockée sous forme d’ATP.

C’est donc dans la cellule que se produit la véritable respiration. En cela les yoguis lorsqu’ils parlent du prana qui pénètre chaque partie du corps sont de véritables visionnaires.

La deuxième phase de la respiration est le transport des gaz dans le sang. C’est en fait la circulation dont le moteur principal est le cœur et les voies de circulation les vaisseaux.

La troisième phase de la respiration est en fait la ventilation.
La ventilation a pour fonction d’assurer le contact du sang avec l’air. Cette ventilation se produit grâce au poumon qui est un sac qui se remplit et se vide alternativement. Lorsque le poumon est remplit d’air, il permet au niveau des alvéoles, des petits sacs ayant une paroi très fine de faire passer les molécules de gaz vers les vaisseaux et inversement. Il se produit un échange gazeux. Le passage se fait du sang vers l’alvéole pour le dioxyde de carbone car il y a plus de dioxyde de carbone dans le sang que dans l’alvéole. Le passage se fait de l’alvéole vers le sang pour l’oxygène car il existe une concentration plus faible d’oxygène dans le sang que dans l’alvéole.

Ces trois étapes : ventilation, transport, respiration intracellulaire forment les trois processus de la respiration.

Le yoga agit sur la ventilation pour améliorer ses capacités élastiques et augmenter l’amplitude.

Le yoga intervient également sur la distribution, le transport en facilitant par le biais des postures en améliorant la circulation sanguine tant sur le plan artériel que veineux.

à suivre…



Les différents exercices de pranayama :
Lorsque l’ensemble ostéoarticulaire fonctionne au mieux, lorsque la « rééducation respiratoire » est faite, lorsque l’on a apprit à allonger son souffle (et donc réduire sa fréquence respiratoire pour déclencher un état de paix), il est possible de moduler les différents éléments d’une respiration.
Les variations débouchent sur les pranayama comme ekanadisodana, sittali, sitkari, ujjayi… Nous les aborderons dans un prochain article.

L’aspect symbolique du souffle.
Nous avons vu qu’il était systématiquement relié à la notion de vie. De nombreuses méditations l’intègrent. Nous verrons dans un prochain article les principales relaxations, visualisations et méditations.

Dans les suspensions prolongées, de nombreux phénomènes se produisent, il est indispensable pour les compenser d’avoir recours à la pratique des bandhas. Jalandhara, uddyana, muladhara.

Docteur Lionel COUDRON











Il m'était important de citer cet article du Dr Lionel Coudron, car c'est par une approche de son enseignhement qu'a commencé ma sadhâna...
NataRaja

Publié dans PRÂNÂYÂMÂ

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